Ludmilla : un destin et une bonne table

Par rapport aux autres groupes de réfugiés en Suisse, les ressortissants ukrainiens en quête de protection sont nettement plus nombreux à exercer une activité lucrative : ils sont 15 % à travailler. Ludmilla est l’une de ces personnes.

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Ludmilla a fui vers la Suisse avec son fils de douze ans en avril 2022. Après s’être enregistrée auprès du centre fédéral pour requérants d’asile de Berne, elle a obtenu le statut de protection S. Son objectif était clair dès le départ : travailler dans son pays d’accueil pour ne dépendre de personne. « J’ai finalement trouvé mon bonheur parmi les offres d’emploi mises en ligne par GastroBerne à l’intention des personnes ayant fui l’Ukraine », nous confie, tout sourire, cette femme originaire de Kiev. Depuis juin dernier, elle travaille dans un restaurant du quartier bernois de Breitenrain ; l’établissement s’appelle lui aussi « Ludmilla ». Vous avez dit ironie du sort ?

Tout le monde est gagnant

Le gérant du restaurant, Simon Burkhalter, était lui aussi aux abois lorsqu’il a consulté la plateforme de GastroBerne : « La pénurie de main-d’œuvre rendait mes recherches très pénibles, pour ne pas dire frustrantes par moment. Mais grâce à la bourse de l’emploi, j’ai pu engager Ludmilla en trois ou quatre jours : une vraie bénédiction pour nous. »

Quand on lui demande son sentiment sur sa nouvelle serveuse, le jeune restaurateur ne tarit pas d’éloges : « Elle travaille très bien, et les clients apprécient son affabilité à leur égard malgré les quelques difficultés de compréhension qu’elle rencontre encore. »

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Ludmilla travaille depuis l’an dernier... au restaurant Ludmilla.

Régulièrement, elle suit des cours d’allemand et améliore son niveau. « Je comprends très bien quand quelqu’un me lance "Trois décis de rouge !" », dit-elle avec malice, ajoutant qu’elle recourt parfois à un mélange d’anglais et d’allemand pour se jouer des difficultés de communication avec la clientèle. Et à ce propos, elle trouve les clients ‒ et les Suisses en général ‒ très sympathiques : toujours prêts à lui venir en aide en cas de besoin, ils ne manquent jamais de la saluer. Du reste, elle le leur rend bien : c’est d’un « Grüessech » jovial, prononcé quasiment sans accent, qu’elle accueille ceux qui franchissent le pas de la porte.

Une vie entre deux mondes

Seule ombre au tableau, Ludmilla ne peut pas encore dire si elle rentrera un jour en Ukraine. Après les deux visites qu’elle a effectuées dans son pays l’an dernier, les auspices sont peu favorables. « Ce fut très triste : de nombreux bâtiments sont détruits, certains de mes amis sont morts... Pour le moment, je n’ai aucune perspective », nous confie-t-elle, l’air soucieux. C’est pourquoi elle est reconnaissante à la Suisse de permettre à sa mère de la rejoindre bientôt. Pour Ludmilla, faire venir sa maman, c’est comme ramener un petit morceau d’Ukraine. En plus, la jeune femme aura ainsi quelqu’un pour l’aider à s’occuper de son fils, qui reste la plupart du temps seul à la maison pendant que sa mère travaille.

Le chef de Ludmilla va prochainement augmenter de 5 point le taux d’occupation de son employée, qui est actuellement de 40 %. « Pour nous, l’esprit civique n’est pas un vain mot. Nous tâchons de satisfaire les souhaits de notre personnel dans la mesure du possible. Chez nous, tout le monde a un contrat de travail, même les gens engagés à 10 %, et nous n’employons personne à l’heure », ajoute Simon Burkhalter. Le gérant en profite pour nous confier que les personnes issues d’autres cultures constituent une richesse pour l’entreprise à tous les points de vue. Ce n’est donc pas un hasard si, parmi la trentaine d’employés que comptent ses trois restaurants, sept sont issus de l’immigration.

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Analyse des données: statut S et marché du travail suisse

Durant l'été 2022, le SEM chargeait la Haute école spécialisée bernoise (BFH) de collecter les données pertinentes sous l'angle du marché du travail, concernant les bénéficiaires du statut de protection S. l'enquête en ligne a été réalisée sur quatre semaines en septembre et octobre auprès des personnes en quête de protection âgées de 16 à 59 ans. 8000 personnes ont été contactées à cet effet. Ce sondage comportait près de 30 questions, réparties en quatre thématiques: "Situation professionnelle", "Connaissances linguistiques et formation", "Mobilité et perspectives" ainsi que "Situation personnelle et état de santé". L'évaluation des résultats se fonde sur les réponses de quelque 2000 personnes.

40 % des personnes sondées ont de bonnes connaissances d’anglais, 70 % ont suivi une formation tertiaire
Selon leur autoévaluation, environ 40 % des personnes en quête de protection ont déclaré concernant l’anglais : « Je comprends l’essentiel du langage et m’exprime oralement avec aisance ». Les moins de 40 ans possèdent des connaissances linguistiques nettement meilleures que les plus de 40 ans. Les personnes en quête de protection sont par ailleurs bien formées. 94,5 % ont indiqué disposer d’une formation postobligatoire et 70 % ont achevé une formation de niveau tertiaire. Les domaines professionnels les plus représentés sont « Commerce, administration et droit » et « Ingénierie, industries de transformation et construction ». Cette enquête confirme les informations collectées par le SEM auprès des personnes en quête de protection qui s’inscrivent sur la plateforme en ligne RegisterMe.

La plupart des personnes en quête de protection aimeraient travailler davantage

L’enquête de la BFH donne un aperçu détaillé de la situation professionnelle des personnes en quête de protection. Ainsi, 36 % des sondés ont déclaré être à la recherche d’un emploi et autant ont indiqué souhaiter travailler. 27 % ont participé à un programme d’occupation ou suivi une formation et 15 % ont précisé travailler en Suisse. Les trois quarts des personnes interrogées qui exercent une activité lucrative aimeraient travailler plus. Sur ce thème, il était possible de donner plusieurs réponses.

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